L’enseignement professionnel public menacé

Nouvelles menaces sur l’avenir de l’enseignement professionnel public

Le 18 octobre, en déplacement dans un lycée professionnel de Nice, le président Sarkozy a déclaré : « Je voudrais que Luc Chatel réfléchisse à ce que durant les trois années du bac pro, on envisage qu’une année se fasse en apprentissage ».
Après avoir supprimé une année de formation dans le cursus de formation des bacheliers professionnels, une telle mesure remettrait en cause l’existence même de nombreux lycées professionnels et se traduirait par des suppressions massives de postes d’enseignants.
Le SE-Unsa tient à rappeler que les formations professionnelles sous statut scolaire sont des formations à la qualité reconnue, qui font une large place aux périodes de formation en entreprise (jusqu’à 22 semaines). Il serait temps que le chef de l’Etat en prenne acte plutôt que de donner à croire que les lycées professionnels seraient coupés du monde extérieur et ne feraient pas de l’insertion professionnelle réussie de leurs élèves leur objectif central.
Les lycées professionnels assurent l’égalité d’accès de tous à la formation professionnelle, contrairement à l’apprentissage. On sait en effet que compte-tenu de certaines pratiques discriminatoires, tous les élèves n’ont pas les mêmes chances de signer un contrat d’apprentissage. De plus, les entreprises sont plus intéressées par des apprentis de niveau post-bac que par ceux qui préparent un CAP ou un Bac Pro.
Derrière les discours officiels qui affichent la volonté de faire de la voie professionnelle une voie d’excellence, on constate qu’elle est surtout considérée comme un gisement d’économies budgétaires, que ce soit par la réduction du temps de formation, la restructuration de l’offre ou l’encouragement au développement de l’apprentissage hors du service public d’éducation.
Encore une fois, ce sont les élèves les moins favorisés et les plus fragiles qui paient la note des choix budgétaires du gouvernement. Pour le SE-Unsa, c’est inacceptable.

Paris, le 20 octobre 2011

Christian CHEVALIER
Secrétaire Général

Contact presse : Brigitte Biardoux 01 44 39 23 93 brigitte.biardoux@se-unsa.org

C’est quoi le métier de conseiller principal d’éducation ? (article publié dans la revue aux adhérents du mois de décembre 2010)

Titulaires en établissements, stagiaires en formation ou étudiants, nous avons tous interrogé, et/ou interrogeons, encore ce  « métier ». Les formateurs n’y échappent pas. Les représentants du corps non plus. Pas davantage, les syndicats.

Pour faire court, certains chercherons à qualifier le CPE d’un seul mot ou d’une seule expression (« médiateur », héritier du « surveillant général », en « interface », …), d’autres joueront sur les mots (les C « paix » E, par exemple). Il est fréquent aussi d’entendre à son sujet qu’il fait partie de « l’administration » ou de l’équipe de direction. Plus rarement, il est rangé parmi les personnels enseignants. Et que dire, pour finir, de ceux qui s’autorisent des avis et des recommandations alors même qu’ils n’y connaissent à peu près rien. Faut-il alors rappeler qu’il existe un concours de conseiller principal d’éducation ? Est-il nécessaire de souligner qu’il ne suffit pas d’être un observateur, même pointu, des métiers de l’éducation nationale pour prétendre en saisir toutes les dimensions et être opérationnel sur le terrain et dans la durée ?

 

La question de l’identité professionnelle est consubstantielle au métier de CPE. Le contraire serait étonnant. Et plutôt que d’y voir une fragilité de la profession, une situation qui placerait de fait ces agents de la fonction publique dans un inconfort constant et à des ballottages dictés par les intérêts d’autres professionnels de l’Education nationale, il conviendrait plus courageusement de les assumer. C’est une première façon de fixer les limites et le cadre de son action. Sans quoi, la question finit par être lassante, démobilisatrice voire  fatigante. Quelques éléments pour vous conforter dans mon idée.

 

D’une part, à vouloir qualifier en un mot ou en quelques phrases un métier, on finit toujours par aboutir à des raccourcis extrêmement réducteurs. On ne s’étonnera pas alors du manque de considération que l’on aura pour ceux qui l’exercent. Le métier de CPE est complexe. Il est donc malaisé d’en tracer un rapide portrait. Pour s’en persuader, il suffit de commencer par parcourir les attendus et la bibliographie du concours de recrutement des CPE : acquis en sciences humaines, en histoire et sociologie de l’éducation, en psychologie de l’enfant et de l’adolescent, en philosophie de l’éducation et en pédagogie, connaissance des évolutions du système éducatif ; connaissances, également, sur le système éducatif, son organisation administrative et pédagogique, son fonctionnement et ses évolutions, les grands enjeux de l’éducation, le fonctionnement d’un établissement scolaire du second degré, ainsi que sur les aspects administratifs et juridiques de la vie scolaire, les procédures et les enjeux de l’orientation, les questions pédagogiques. L’ensemble constitue le bagage d’un CPE dans une discipline peu revendiquée, « l’éducation en milieu scolaire ». Il en est pourtant l’expert. Mais, difficulté supplémentaire, cette discipline ne s’enseigne pas. Elle s’exerce dans une relation éducative avec les élèves dans un contexte où les intérêts individuels et les nécessités de la vie collective ne sont pas toujours aisés. Elle est à faire connaître et à faire partager avec les personnels et les partenaires de l’action éducatrice dans la fonction de conseil en éducation.

 

D’autre part, la « quête » ou la « crise » prétendue d’identité des CPE peut, pour ainsi dire, être renvoyée aux états successifs de notre société depuis les années 1950 à nos jours.  Notre profession, nous le savons, est étroitement tributaire des évolutions sociales en matière d’éducation. Calée sur des conceptions autoritaristes des relations jeunes/adultes dans la société des années 50, elle a suivi le mouvement d’ouverture des établissements scolaires sur leurs environnements extérieurs et les pratiques éducatives de l’animation socio-éducative issues des mouvements associatifs et de l’éducation populaire dans les années 70-80. Dans les années 1990, les effets de la démocratisation de l’accès des élèves au collège puis au lycée ont fait éclater l’échec scolaire et, effets collatéraux autant que reflets des tensions sociétales actuelles, incivilités et violences sont entrées dans les murs de l’école. Dans certains territoires scolaires, les CPE ne mettent même plus d’huile dans les rouages d’établissements au bord de l’explosion. Ils sont les vigiles silencieux, parfois déjà les pompiers, de l’incendie économique et humain qui couve dans notre République. Rassurons-nous, nous ne sommes pas en recherche d’identité, encore moins en crise. Dans l’histoire, c’est d’abord la société qui ne sait plus où elle en est, qui ne sait pas très bien quel est son projet et qui, au final, est en crise.

 

Il semble, enfin (le mot est employé à dessein), que  l’institution scolaire porte un nouvel intérêt pour ce corps. Peut-être bien parce que aucune des figures décrites précédemment ne permet aujourd’hui de répondre ni aux besoins des élèves les plus en difficulté ni à la massification de ces difficultés. Dans le livret d’accueil version 2010 des stagiaires(1) de notre académie, voilà comment est décrit le CPE :

 

Le Conseiller Principal d’Education (C.P.E.) organise la vie collective au sein de l’établissement. La circulaire (n° 82-482) du 28 octobre 1982 délimite les domaines de compétences du CPE qui se déploient en plusieurs objectifs. Ces derniers varient d’un établissement à l’autre et dépendent de la politique du chef d’établissement et des caractéristiques de la population accueillie.

La dimension collective de son travail – avec l’équipe de direction, les professeurs, les familles, les personnels médico-sociaux, les COP, les partenaires extérieurs – et la fonction de « médiateur » s’affirment sans pour autant négliger la mission disciplinaire héritée des surveillants généraux auxquels les CPE ont succédé à la suite du décret (n° 70–738) du 12 août 1970.

 

Le CPE est tout à la fois :

 

n conseiller technique du chef d’établissement et de la communauté éducative.

n responsable du suivi et de la gestion des absences.

n responsable du service « vie scolaire » dont il assure le pilotage en termes de fonctionnement et de gestion du personnel « vie scolaire ».

n garant de la sécurité des élèves, du respect des règles de vie et du droit au sein de l’EPLE.

 

Il importe de souligner que l’action pédagogique fait partie intégrante de la mission éducative, approche qui vise à prendre en compte l’élève dans sa globalité renforcée par la loi d’orientation de 1989.

 

Laissons de côté la formulation « sans négliger la mission disciplinaire héritée des surveillants généraux »un raccourci ? Rappelons simplement que « la mission disciplinaire » est un avatar de l’autoritarisme. Le retour de l’autorité que nombreux réclament fortement est dans ce schéma. Paradoxalement, lorsqu’il s’applique, ceux qui l’ont appelé de leurs voeux sont aussi ceux qui le dénoncent  parfois le plus violemment. Si les confusions sont nombreuses ici c’est sans doute parce que ce qui s’est effondré avec mai 1968, ce n’est pas « l’autorité », mais « l’autoritarisme ». L’autorité est à construire…. Par ailleurs, cette vision est contraire au droit. Sur ce point, le CPE doit défendre et porter le droit scolaire dans les établissements. Deux supports de référence : le règlement intérieur de l’établissement et le BOEN du 11/07/2000 relatif aux procédures disciplinaires dans les EPLE. Ces outils doivent aider à réguler la vie en collectivité (et les établissements sont des collectivités) et constituer les cadres de l’action éducatrice.  Il faudra également trouver les articulations avec les espaces de dialogue et d’apprentissage de la démocratie constitués par les instances de représentations des élèves (délégués de classe, conseil de la vie lycéenne, etc.). Il demeure qu’il faut impérativement attirer l’attention des CPE sur leurs obligations en matière de contrôle des présences des élèves, d’alerte des familles en premier lieu, et d’autres partenaires si besoin. De même, leurs responsabilités sont importantes dans la manière dont ils organisent le service de surveillance et le contrôlent. Deux aspects de leur travail directement liés aux garanties de sécurité des élèves. Deux aspects, par ailleurs, qui permettent de fixer le cadre des attendus en matière de respect des règles et d’assiduité des jeunes et ce faisant, participent de la prévention des conduites à risques (absentéisme, décrochage, déscolarisation, incivilités, etc.).

 

Les fonctions d’animation, même si elles ne sont plus très présentes, figurent encore dans la circulaire de mission de 1982. Reconnaissons, cependant, qu’elles sont en déclin dans de nombreux établissements scolaires. Les CPE sont souvent mobilisés ailleurs, par nécessité.

 

Et puis, il est opportun de replacer les missions des CPE dans le cadre des réformes en cours ces cinq dernières années. Notamment la mise en place du socle commun, l’accompagnement éducatif (collège) et l’accompagnement personnalisé (lycée). Ces dispositions obligent à considérer l’élève dans sa globalité. Cette manière d’envisager l’élève existe depuis longtemps dans le premier degré (savoirs, savoirs faire, savoirs être). Dans le second degré, c’est moins évident. Les raisons tiennent surtout à l’organisation de l’enseignement dans le secondaire (éclatement des matières et du temps scolaire) auxquelles s’ajoutent les problématiques évoquées plus haut. Ce travail se fera nécessairement par un dialogue avec l’élève, une mise en mots de son parcours personnel, de sa scolarité et de son projet d’avenir. Il ne s’agit pas de « succomber aux attraits sociologisants de la médiation ou aux délices psychologisants de l’écoute »(2). Le souci premier sera de (re)placer, autant que possible, et comme tous les adultes parties prenantes du processus de formation, les jeunes dans des statuts d’élèves, acteurs à part entière de leur scolarité et de leur réussite.  Il s’agit d’aider à donner du « liant » à des vécus scolaires souvent éclatés et « insensés » alors même que la sociabilité et la culture adolescente n’y invitent pas d’eux-mêmes. La médiation doit se comprendre aussi, et sans doute, ainsi.

 

Je ne saurais que trop conseiller aux collègues CPE, mais aussi à tous ceux que l’action éducative en milieu scolaire intéresse, de considérer notre métier sous ce nouveau jour. Gage d’une vraie reconnaissance, socle commun d’une professionnalité assurée.

 

Dominique Lebesgue

Responsable CPE

 

 

 

(1) http://www.ac-strasbourg.fr/sections/lacademie/vous_etes/personnel_de_l_acade/personnels_enseignan/second_degre/

formation_continue_-/aem/sts/livret/view

(2) Jean-Pierre OBIN, revue de l’inspection générale n°3, septembre 2006, « Existe-t-il un modèle éducatif français ? », page 81.

Formation des Agrégés stagiaires

La parution au JO du 29 juillet engendre des évolutions dans le recrutement et un bouleversement dans la formation initiale. A compter de la rentrée 2010, pour pouvoir se présenter à l’agrégation, il faudra être titulaire d’un master (bac+5) ou d’un titre reconnu équivalent par le ministère de l’éducation. Après le concours, les lauréats seront affectés dans une académie pour effectuer l’année de professeurs stagiaires. Ils bénéficieront alors d’actions de formation à l’université et d’un tutorat et le cas échéant d’autres types d’actions d’accompagnement. L’année suivante, la première affectation en tant que titulaire se fera dans la même académie que l’année de fonctionnaire stagiaire. Pour le SE-UNSA, la formulation volontairement évasive quant à la formation dispensée après le concours est inacceptable. Le métier d’enseignant nécessite une formation alliant didactique et professionnalisation pour donner aux collègues les outils nécessaires à un exercice serein du métier.

 

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