Alors que la mobilisation lycéenne ne faiblit pas, le ministre de l’Éducation nationale annonce la mobilisation de plus de 3 000 TZR qu’il présente comme « inoccupés » pour pallier les difficultés de remplacement dans les lycées. Une annonce aussi précipitée que maladroite, qui stigmatise des personnels déjà trop souvent malmenés.
Dans notre académie ce sont une vingtaine de TZR, essentiellement certifiés en mathématiques et en histoire géographie qui viennent d’être envoyés en renfort dans certains lycées professionnels parce que des absences longue durée ne sont pas remplacées ou parce qu’aucun enseignant n’a été nommé sur certaines disciplines depuis le début de l’année.
Les TZR ne sont pas des personnels inoccupés !
Alors que les réponses concrètes aux revendications lycéennes se font cruellement attendre et que l’on ne comprend plus très bien qui pilote le dossier entre le Premier ministre et le ministre de l’Éducation nationale, ce dernier annonce la mobilisation de plus de 3 000 TZR sans affectation en cours.
Personne ne s’attendait à une telle annonce. D’abord, parce que sa formulation est loin d’être anodine. Rappelons que les TZR sont affectés sur une zone de remplacement et disposent d’un établissement de rattachement administratif. En l’absence de remplacement, ils peuvent être amenés à y exercer leurs missions, sous l’autorité du chef d’établissement qui organise leur service pendant cette période.
Parler de personnels « inoccupés » alors que le ministre connaît parfaitement les règles de fonctionnement du remplacement relève donc d’un nouveau coup de communication. Cette présentation laisse entendre, auprès de celles et ceux qui connaissent mal le statut des TZR, que l’Éducation nationale rémunérerait des personnels à ne rien faire. Une caricature inacceptable !
Les TZR ne sont pourtant responsables ni de la gestion de leurs affectations ni de l’organisation de leur temps de service. Depuis trop longtemps, ils subissent au contraire un manque criant de considération et une dégradation de leurs conditions de travail, notamment en matière d’affectation.
Des conditions de travail dégradées, une reconnaissance toujours absente
Il est désormais courant de voir des TZR affectés sur deux, voire trois établissements, parfois très éloignés les uns des autres. Ces affectations multiplient les déplacements dont les frais et les contraintes sont insuffisamment pris en charge par l’administration.
Les critères d’affectation restent par ailleurs peu lisibles et les personnels disposent rarement de la visibilité nécessaire pour s’organiser. En tant que titulaires, les TZR doivent répondre aux affectations qui leur sont notifiées, parfois du jour au lendemain. Ils sont ainsi contraints de faire preuve d’une capacité d’adaptation permanente, sans que cet engagement soit véritablement reconnu.
Dans l’urgence, l’administration ne peut pas faire n’importe quoi !
Depuis les annonces ministérielles, les rectorats procèdent à de nouvelles affectations à marche forcée. Certaines situations signalées suscitent de vives inquiétudes, comme les affectations dans une autre discipline, par exemple.
Le SE-Unsa rappelle que les TZR, comme l’ensemble des personnels, disposent de droits qui doivent être respectés. L’urgence invoquée par le ministère ne saurait justifier des décisions prises sans tenir compte des règles applicables. La gestion du remplacement ne peut pas se faire au mépris des personnels et de leurs conditions de travail.
En cas de doute sur la régularité d’une affectation, notre équipe locale du SE-Unsa est disponible pour répondre aux questions des collègues et défendre leurs droits. Au-delà de ces situations individuelles, une autre question se pose : si tous les TZR disponibles sont désormais affectés, qui assurera les remplacements au cours du reste de l’année scolaire ? Déplacer le problème ne le résout pas. Une réponse ponctuelle ne saurait tenir lieu de politique de remplacement.
L’avis du SE-Unsa : des moyens pérennes, pas des rustines médiatiques !
La communication ministérielle autour des TZR ne constitue pas une réponse à la crise du remplacement. En l’état, elle ne garantit ni une amélioration durable de la continuité pédagogique ni une réponse satisfaisante à la demande d’avoir un enseignant devant chaque classe. Cette séquence aura néanmoins eu le mérite de remettre en lumière des personnels trop souvent oubliés.
Le SE-Unsa le rappelle depuis des années : il est urgent de rendre les affectations des TZR plus transparentes, plus équitables et plus respectueuses de leurs conditions de travail. Cela passe notamment par une limitation du nombre d’établissements d’affectation et une anticipation de ces affectations, afin de permettre aux personnels de préparer au mieux leur arrivée dans les établissements.
Les TZR ne peuvent pas être les variables d’ajustement de l’organisation scolaire. Le remplacement des enseignants exige une politique ambitieuse, des moyens adaptés et une véritable anticipation, pas une mobilisation improvisée au gré des crises. N’en déplaise à Monsieur le ministre, on ne réglera pas durablement la crise du remplacement à coups d’annonces. Et l’on n’apaisera pas la colère des lycéens en faisant porter aux personnels les conséquences des carences de l’institution.